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6 décembre 2018

Pour contrer la pénurie de main-d’œuvre

La CSN veut syndiquer les restaurants des Laurentides

Le conseil central des Laurentides de la CSN propose sa solution au problème de la pénurie de main-d’œuvre dans la restauration. Il appelle au regroupement au sein du Syndicat des employés de la restauration (SER-CSN).

Yves Rouleau , journaliste

Le conseil central des Laurentides de la CSN veut syndiquer les restaurants. Selon eux, la syndicalisation aurait l'effet d'améliorer les conditions de travail et la rétention des employés dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Les restaurateurs interrogés croient que le syndicalisation équivaut quasiment à la mise à mort des restaurants.
Le conseil central des Laurentides de la CSN veut syndiquer les restaurants. Selon eux, la syndicalisation aurait l'effet d'améliorer les conditions de travail et la rétention des employés dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Les restaurateurs interrogés croient que le syndicalisation équivaut quasiment à la mise à mort des restaurants.
© Photo L'information du Nord - archives

Les employés comme les employeurs profiteraient d’une syndicalisation, affirme la présidente du Conseil central des Laurentides Chantal Maillé. La campagne est lancée dès aujourd'hui parce que « chacun a un urgent besoin que les choses changent », affirme-t-elle.

Dans le passé, les centrales syndicales ont obtenu des succès mitigés dans leurs tentatives, reconnaît Mme Maillé. La CSN tente actuellement « de repartir la roue » de la syndicalisation.

« Les employés de restaurants ont de grands bénéfices à tirer de la syndicalisation. On a qu’à penser aux questions des horaires, des salaires, du respect de l’ancienneté ou de la santé et de la sécurité au travail », souligne Mme Maillé. D’autres thèmes comme la distribution des pourboires aux employés ou l’obligation des uniformes et de chaussures sécuritaires conformes peuvent également être discutés dans le cadre de pourparlers, mentionne Mme Maillé.

Du bon pour les employeurs

Selon cette dernière, les employeurs ont tort de ne percevoir que les mauvais côtés d’une syndicalisation. « Les conditions de travail des employés s’amélioreraient. Dans ce contexte, les employés ont davantage tendance à demeurer en place. La rétention du personnel est meilleure, ce qui est positif pour les employeurs », soutient-elle.

Quant à la pression sur les profits des entreprises, la présidente du Conseil central des Laurentides affirme qu’en contrepartie, avec une meilleure rétention du personnel, les employeurs pourront cesser d’avoir recours à des fermetures ponctuelles coûteuses, en plus de consacrer moins de temps et d’énergie au recrutement et à la formation de nouveau personnel.

Pour ce qui est de la perception d’une ambiance conflictuelle en milieu syndiqué, celle-ci est surfaite. Il en tient aux parties de faire en sorte que les rapports soient constructifs, estime Mme Maillé.

Syndicalisation quasi-irréalisable selon les propriétaires

Hésitants à commenter sur la syndicalisation, des propriétaires de restaurants de Mont-Tremblant finissent tout de même par afficher leurs réserves quant aux chances de survie des restaurants syndiqués.

Les marges bénéficiaires des restaurants sont minces, trois ou quatre pour cent, affirment les propriétaires, ce qui leur laisse peu d’espace de manœuvre pour améliorer le sort de leurs employés.

« Le problème en ce moment, c’est la pénurie de main-d’œuvre. Chaque restaurant doit évaluer la situation dans son commerce pour trouver la bonne solution qui lui convient. Il n’y a pas qu’une solution universelle, mais des solutions propres à chaque établissement », affirme le propriétaire de la franchise Tim Hortons de Mont-Tremblant Peter Arzenshek.

Tout en cherchant leurs propres moyens de contrer la pénurie, les employeurs doivent également s’armer de courage. « La pénurie, ça n’arrêtera pas la semaine prochaine ou demain matin. Le problème est démographique », ajoute-t-il.

Un autre propriétaire de restaurant d’une chaîne, qui a demandé à ce qu’on ne l’identifie pas, estime qu’il serait plus intéressant, certes, pour un employé de travailler dans un restaurant syndiqué. Toutefois, il ajoute d'un même souffle que le profil économique des restaurants fait en sorte que la syndicalisation est virtuellement impossible.

« Avec notre marge de profit, si vous offrez de meilleurs salaires et des avantages plus coûteux à vos employés, vous n’y arriverez pas sans augmenter vos prix. Comme, je fais partie d’une chaîne, c’est impensable qu’un restaurant offre un menu plus cher qu’un autre de la même bannière. Et si on gardait un statu quo au niveau des prix, on n’y arriverait pas. Il faudrait fermer nos portes », dit-il.

Le propriétaire parle d’un coup d’épée dans l’eau de la part du syndicat. « Je ne crois pas qu’il y aura beaucoup de restaurants qui vont se syndiquer », mentionne-t-il.

La syndicalisation ne ferait pas en sorte d’accroître la capacité de payer des restaurateurs par le fait même, mentionne par ailleurs Martin Vézina, conseiller en communications à l’Association des restaurateurs du Québec.

La pénurie de main-d’œuvre est bel et bien réelle et la syndicalisation n’est pas une solution. Il appartient à chaque restaurateur de mettre en place des mesures pour assurer une rétention de la main-d’œuvre, mentionne-t-il.

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Yves Rouleau , journaliste

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