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11 avril 2019

Déréglementation dans l’industrie

Des compagnies de taxi des Laurentides crient à l’injustice

Comme d’autres entreprises de la région, la propriétaire de Taxi Express de Mont-Tremblant, France Paré, ne mâche pas ses mots au sujet du projet de loi du gouvernement québécois sur la déréglementation de l’industrie du taxi: « ingrat, injuste, sans cœur, aberrant, anarchique », lance-t-elle.

Yves Rouleau , journaliste

France Paré est propriétaire de Taxi Express depuis 15 ans.
France Paré est propriétaire de Taxi Express depuis 15 ans.
© Photo L'information du Nord - Yves Rouleau

« Il y a une semaine, j’étais trop abattue, je n’aurais pas pu vous parler, mais maintenant j’en ai long à dire », mentionne la propriétaire d’une des deux compagnies de taxi de Mont-Tremblant.

Tout projet de retraite à court terme vient d’être repoussé aux calendes grecques en ce qui la concerne, dit-elle, même si elle aura bientôt 69 ans.

Comme d’autres propriétaires d’un permis de taxi, elle constate que le permis qu’elle avait acquis pour 80 000$, il y a 15 ans, vient de perdre toute valeur. Son plan d’affaires qui l’avait incitée à acheter récemment deux nouvelles voitures taxi, une limousine et de s’endetter au total de 200 000$ vient d’être chambardé et, du même coup, son avenir hypothéqué, fait-elle remarquer.

« C’est un dur coup pour moi, mais je ne ferai pas faillite parce que je vais me battre. Une retraite, cependant, je n'en aurai probablement jamais », dit-elle.

Que des miettes

Même son de cloche du côté de Johanne Labrosse de Taxi Mont-Tremblant et de René Pellerin de Taxi Ste-Agathe, qui réclament, rien de moins, que le retrait du projet de loi 17 concernant la déréglementation de leur industrie.

M. Pellerin a acheté deux permis de taxi, il y a quelques années, pour la somme de 210 000$. Mme Labrosse, elle, quatre permis pour 400 000$. Cette dernière dit avoir abandonné un emploi lucratif dans le milieu hospitalier pour démarrer son entreprise. Elle estime avoir investi 1 381 000$ depuis 10 ans dans la construction d’un garage, l’achat de véhicules et de permis. Avec le projet de loi sur la table, Mme Labrosse craint de perdre beaucoup. « C’est ma retraite qui est en jeu », dit-elle.

Et qu’en est-il des 500 millions de dollars que le gouvernement s’engage à verser en guise de compensation aux entreprises pour pallier les pertes liées à la déréglementation?

« Ce n’est pas 500 M$, mais bien 250M$, la balance a déjà été allouée l’an dernier. Là-dessus pour ma part, j’ai touché 1000$, c’est tout », affirme Mme Paré. « Ça n’a pas de sens. Le gouvernement frappe encore sur le monde ordinaire », dénonce M. Pellerin.

Réglementer les applications

France Paré convient que l’industrie du taxi avait besoin d’une modernisation. « Modernisée, mais pas abolie. Ce sont les applications numériques qui auraient dû être réglementées plutôt que l’industrie du taxi », estime-t-elle.

La déréglementation amènera selon elle une forte offre des entreprises d’applications mobiles et des chauffeurs de taxi indépendants aux heures de pointe, mais laissera les usagers au dépourvu durant les « périodes non payantes de la journée, sans compter l’impact de la tarification modulée », dit-elle.

«Ça c’est à Mont-Tremblant, dans les villages des alentours comme Brébeuf, La Conception ou Huberdeau, il n’y aura plus de service du tout », prédit Mme Paré.

La propriétaire de Taxi Express déplore de toutes ses forces le « travail bâclé du gouvernement, un projet de loi survenu comme un cheveu sur la soupe, sans aucune discussion préalable sur les questions liées aux changements », conclut-elle.

Avec la collaboration de Daniel Deslauriers

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Yves Rouleau , journaliste

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